SUR LES TRACES D’ISSAKA SAWADOGO

Je suis Issaka Sawadogo artiste comédien burkinabé d’origine, de nationalité norvégienne. J’évolue dans le théâtre, la pub, le cinéma, la formation et(…) ; J’ai une boîte de production, je suis installé entre le Burkina Faso qui est l’Afrique et l’Europe à travers la Norvège.

SUR LES TRACES  D’ISSAKA  SAWADOGO

Tout d’abord il faut noter que je n’ai pas commencé par le cinéma, j’ai commencé par le théâtre. Je suis arrivé au théâtre parce que tout simplement je suis issue d’une famille polygame et mon papa c’est quelqu’un de sociable qui aime jouer entre les gens pour pouvoir garder la cohésion sociale. C’est quelqu’un qui ne s’énerve jamais.

Quand tu lui présentes un problème il te dit « ya pas de problème je vais te trouver la solution » seulement que ça prend un peu de temps, voilà. Moi je suis issue d’une famille comme ça, et à partir de là j’ai atterri au théâtre. J'’étais un peu un jeune homme révolté, j’avais énormément à dire sur l’injustice sociale. Beaucoup d’injustice au niveau politique, au niveau même du pays, et moi j’avais envie en tant que jeune homme de 18 à 22 ans que les choses changent. Alors avec le théâtre en avançant de fil en aiguille, j’ai compris que c’était une plateforme qui pouvait me permettre de m’exprimer. Donc j’ai commencé ma carrière artistique à travers le théâtre et très vite on est passé de théâtre d’auteur au théâtre d’intervention sociale en passant par les contes, ainsi de suite.

Donc à chaque fois nous étions en train de dramatiser les contes, des spectacles d’interventions sociales, les pièces de théâtre d’auteur. Pour éventuellement incruster dans ces pièces, tout ce dont nous avons besoin de dénoncer ou de donner notre point de vue par rapport à telle ou telle situation. 
Et par le théâtre, le cinéma va venir s’incruster parce que nous avons fait du théâtre d’intervention sociale avec l’Unicef.  L'Unicef voulait filmer les scènes que nous faisons d’un commun accord avec eux pour les envoyer comme des DVD, des cassettes, dans des zones où le théâtre n’est pas accessible. 
 
 Pour la sensibilisation des droits de l’enfant, des droits de la mère, des droits à l’égalité entre les jeunes filles et les jeunes garçons surtout en milieu rural. On faisait du théâtre pour sensibiliser par rapport au Sida, par rapport à la DRÉPANOCYTOSE, par rapport à la malaria, par rapport même aux enfants qui ont des problèmes de retard mental. 

On a fait tellement de pièces de sensibilisation pour emmener les gens à ne pas dramatiser tout suite des situations quand elles surviennent. Mais à chercher à comprendre  la source et essayer d’accompagner ces personnes qui ont vraiment besoin de notre secours.

Donc à travers le théâtre d’intervention sociale filmé, moi j’ai commencé à faire mes premiers pas. À travailler devant la caméra. Et c’est comme ça qu'un gros projet arrive au Burkina Faso. Le projet " EPERGUT'",une pièce d’auteur d'Hip Sen qui a été commandée par le théâtre national de Norvège à la troupe dans laquelle j’évoluais.
Alors on me donne le rôle principal. La pièce est montée en 1992.Je me retrouve en 1993, 1994 en Norvège pour le festival d’hip Sen et 2 ans plus tard,  le théâtre national m’appelle pour me demander spécialement de revenir en tant qu'acteur dans le théâtre national. Pour faire partir de leurs équipes d’artistes parce qu’il avait besoin d’un acteur professionnel africain au sein de l’équipe . 
 
Voilà comment en 1994, je me suis retrouvé embauché par  le théâtre national d’Oslo comme premier acteur noir au sein de la compagnie. Et c’est là que j’ai faits ma carrière artistique durant une vingtaine d’années. De la Norvège, je partais maintenant travailler à travers le monde entier. Dans les autres pays et c’est comme ça que je suis devenu Norvégien en fait. 
C’est à partir de la Norvège que j’ai fais mon premier film d’auteur. C’était un court métrage, il s’appelle « exoticor » avec NICOLAS PROVOST. Et quand le film est sorti alors là ça a ouvert toutes les grandes portes du cinéma mondial. Parce que, j’ai commencé avec ce court métrage à remporter des prix de meilleur comédien, meilleur acteur interprétation masculine, etc.
Même en Côte d’Ivoire j’ai eu le prix de la meilleure interprétation masculine avec le festival FICA je crois… Avec le court-métrage là vraiment je suis rentré par la grande porte du cinéma, et depuis ce temps jusqu’à nos jour c’est de projet en projet.
C’est une grâce de Dieu. Je ne dirai pas une opportunité mais une grâce de Dieu, parce que dès le début de ma carrière artistique, dans le théâtre, on m'a mis déjà en confiance en me faisant miroiter le fait que j’avais un talent. 
On me dit tu as du talent, tu as du charisme et que tu peux le développer. Il faut continuer à travailler. Ce sera difficile mais il ne faut pas abandonner.  
 C’est là où j’allais en venir par rapport aux difficultés. C’est comment maintenir le travail, comment garder son humilité, comment avancer avec ça, ne pas trop avoir la grosse tête et arrêter de travailler. 
Moi je travaille tout le temps depuis que j’ai commencé par le théâtre. J'aime la perfection et quand je fais un projet et que tout le monde applaudit; pendant que les gens applaudissent moi je cherche à savoir pourquoi ils ont applaudi.
Qu’est-ce que je peux améliorer? Qu’est-ce que je peux renforcer? Qu’est-ce que je dois laisser? Il y a tout ça. Donc moi je travaillais derrière les applaudissements, les gens applaudissent en haut moi je travaille en bas. Je regarde et je me demande comment je dois faire pour garder le cap.  Donc j’ai travaillé tout le temps, ça c’est la difficulté pour maintenir vraiment le travail, l’originalité dans le travail.